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philippe

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Sujet du message: Fad Gadget Répondre en citant





Comme tant d’autres, c’est grâce à la musique punk que Fad Gadget, alias Frank Tovey, trouva sa voie. Etudiant au collège d’Art de Leeds en 1975, Frank s’essayait en particulier aux happenings (performances scéniques improvisées, souvent "trash", très en vogue à l’époque), dans son cas fréquemment basés sur l’automutilation, à l’instar de certains membres de Coum Transmissions, connus plus tard sous le nom de Throbbing Gristle.
Le punk bouleversait définitivement l’approche que tout un chacun pouvait avoir de la création musicale : plus besoin de guitares à deux manches, de basses à 12 cordes, de 20 années de conservatoire, et de disques longs et chiants composés de morceaux de vingt minutes. Désormais, une foule de jeunes gens affrontait les années 80 la tête haute, eux aussi pouvaient se lancer, il n’y avait plus de barrières, ni techniques ni morales.
La fin des seventies, c’était aussi l’apparition d’un nouvel instrument, souvent méprisé, généralement peu utilisé, hormis par quelques artistes avant-gardistes (Can, Tangerine Dream, Kraftwerk…) : le synthétiseur. Avec celui-ci, il n’y avait même plus besoin de guitare ou de la moindre technique, n’importe quel individu pouvait facilement faire de la musique. Pourtant, nous étions loin des appareils surpuissants que l’on trouve aujourd’hui. Un synthétiseur n’était qu’un clavier associé à un tableau de bord bourré d’électronique primaire. On manœuvrait de multiples potentiomètres pour distordre les sons, l’échantillonnage et le sampling n’existaient pas encore dans le vocabulaire.

Frank Tovey, garçon discret, peu exubérant pour ne pas dire timide, termine ses études, et, de retour dans son Londres natal, commence à s’exprimer musicalement. Il s’offre une boîte à rythmes premier prix, un petit piano électronique, et commence à bidouiller quelques morceaux. Nous sommes en 1978.
C’est sa rencontre avec un personnage dont on oublie souvent l’importance pour toute la production musicale des eighties, qui va être déterminante. Daniel Miller, c’est son nom, venait juste de fonder son label, Mute, histoire de publier son propre 45 tours sous le nom de The Normal ("TVOD / Warm Leatherette", mythique aujourd’hui). Miller signe rapidement Fad Gadget, véritable seconde identité que s’attribue Frank Tovey. Fad Gadget, comme l’explique Frank, ne signifie rien : "Quand j’ai commencé, il n’y avait que moi, pas de groupe, juste moi, ma boîte à rythmes, un piano électrique et un synthé. Je ne voulais pas que les gens pensent qu’il n’y avait qu’un individu si j’utilisais mon vrai nom, donc j’ai voulu créer un nom de groupe. Je voulais un nom qui ne soit pas prétentieux, quelque chose qui sonnerait comme un nom de lessive, c’était après le punk et tout le monde avait des noms débiles."

Le second produit du label Mute sera donc le premier single de Fad Gadget, "Back To Nature", qui paraît en octobre 1979. Le morceau, ainsi que les deux singles qui suivront, "Ricky’s Hand" et "Fireside Favourites", sont en droite ligne de ce qui se fait de plus avant-gardiste à l’époque : très synthétique à la fois dansant et froid, énergique et déprimé. La musique de Fad Gadget se situe à mi-chemin entre une pop intellectuelle à la Human League / Gary Numan et les expérimentations plus bruitistes d’artistes comme Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle. Il plaît donc à deux publics, les "jeunes gens modernes", férus de musique synthétique et de technologie, et les anciens punks désireux d’une musique marginale, toujours violente, toujours hors normes.

L’album suit quelques mois plus tard et sort en septembre 1980, il se nomme "Fireside Favourites" comme le single du même nom. Ont participé à l’album quelques musiciens d’occasion, dont Daniel Miller lui-même. Les neuf titres de l’album sont dans la même veine que le single : minimalisme répétitif, sons froids et synthétiques, basse mise en avant et très peu de guitare. Le tout baignant dans une ambiance sombre, violente et désespérée, d’où surnage néanmoins un sens de l’humour très noir. Les morceaux évoquent tous des thèmes bien précis : la peur du nucléaire, l’exploration des tréfonds de l’âme, la médecine et la technologie (Arch Of The Aorta qui clôt l’album parle de l’implantation d’un pace-maker), et sont très éloignés des simples chansonnettes d’amour transi que l’on entend sur les ondes, se démarquant ainsi de la scène des "nouveaux romantiques" dont il emprunte pourtant les sonorités. Bref, si la musique de Fad Gadget est diffusée sur toutes les radios libres naissantes, ou si l’on peut danser dessus en boîte de nuit, ses thèmes principaux restent les mêmes que ceux abordés par toute la scène industrielle.

Fad Gadget occupe d’emblée le devant de la scène, grâce à sa musique bien sûr, mais aussi à ses prestations scéniques, la première ayant lieu au Moonlight Club de Londres le 18 juillet 1979, en compagnie de Monochrome Set et Manicured Noise. Car le timide Frank se transforme sur scène, et chaque apparition en public offre son lot de sensations aux spectateurs. Par exemple, il se couvre de mousse avant de raser ses poils pubiens. Mais cela ne se passe pas toujours sans mal, notamment à Londres en 1980, quand Frank s’ouvre le cuir chevelu en donnant des coups de tête sur une batterie électronique et répand son sang partout ; ou quand il se déchire les ligaments des deux jambes sur scène, à Amsterdam en 1983, terminant son concert assis… avant d’annuler les dates suivantes.

En 1980, Fad Gadget sort son second album, "Incontinent". Loin de rester sur ses acquis, Frank Tovey a changé d’accompagnateurs, mais aussi de musique. Moins abordable, moins évident, chaque morceau possède son climat propre. La musique est plus fouillée, les morceaux moins basiques, moins structurés. La participation de Robert Gotobed, membre de Wire, à la batterie, et d’un percussionniste, étoffe largement les morceaux, dépêtrés des obligations d’une boîte à rythmes trop métronomique. La guitare est aussi plus présente qu’auparavant. Les morceaux étranges et climatiques (le cotonneux Incontinent comme l’effrayant Diminished Responsibility) côtoient à merveille des chansons plus pop (Swallow It, le single, ou King Of The Flies, toutes guitares dehors). Mais si l’album s’avère tout bonnement génial, le public est déconcerté par une musique moins évidente à appréhender. Néanmoins, Tovey remet ça l’année suivante avec ce que certains pensent être son chef-d’œuvre, un album drôlement culotté, "Under The Flag", paru en 1982.
De ses prédécesseurs, l’album ne garde que l’expérimentation et l’aspect synthétique, revenus en force, au détriment des instruments classiques basse, guitare et batterie. Tovey change de ton, d’un côté politisant son discours (il évoque ainsi le conflit entre la Grande Bretagne et les Îles Falkland) et de l’autre s’exprimant sur ses angoisses et ses questions face à la naissance de son premier enfant. Musicalement, l’album est moins noir, sans doute plus romantique, plus lyrique, certainement moins violent. Des chœurs sont présents un peu partout (avec la participation d’Alison Moyet, chanteuse de Yazoo), ainsi que du piano, du saxophone, et Frank s’offre même le luxe d’un morceau incroyable entièrement a cappella (Plainsong). "Under The Flag" est un album splendide, étonnant comme à l’habitude, mais aussi plus accessible, et ce sera le premier véritable succès de masse de Fad Gadget, délaissant ainsi l’underground. Le NME dira plus tard qu’il était "l’un des grands albums oubliés des années 80". Celui-ci, utilisant également beaucoup les premiers séquenceurs, ouvre la voie à de nombreux groupes, et figure sans doute parmi les pionniers de ce que l’on n’appelle pas encore la techno (voir les somptueux morceaux Under The Flag ou From Whom The Bells Toll).

Après la tournée de 1983, il est temps pour Frank de se remettre à la composition, et 1984 verra la parution du quatrième album de Fad Gadget, "Gag". Une fois de plus, on change d’option. Finies les sonorités synthétiques léchées de "Under The Flag", cette fois Fad Gadget lorgne du côté d’Einstürzende Neubauten, mettant en avant percussions métalliques et sonorités "industrielles", terme qui commence à se répandre. Pourtant, si l’album obtient un franc succès, c’est surtout à cause de son single résolument moderne, qui fera danser des milliers de personnes durant quelques années, le fameux Collapsing New People. Ce titre sera d’ailleurs joué un soir où Fad Gadget partage l’affiche avec Einstürzende Neubauten, et où la scène s’effondre ("collapse" en anglais) sous le poids des multiples machines utilisées par les deux groupes ! À cette époque Fad Gadget est devenu un véritable groupe, même s’il reste le produit d’un seul homme ; un groupe important, qui peut se permettre de se produire sur la scène du Royal Albert Hall partageant l’affiche avec Siouxsie And The Banshees (fin 1983).

Est-ce à cause de cette trop grande notoriété, ou parce que Frank Tovey avait fait le tour du concept Fad Gadget, toujours est-il qu’il saborde le groupe et décide de continuer sous son propre nom, mettant un terme à quatre années d’une création musicale riche et foisonnante.

Fad Gadget n’existe plus, mais Frank participe déjà à un album purement expérimental, basé sur des boucles de bruit pur, réalisé en compagnie de Boyd Rice, leader et unique membre de NON, un personnage controversé, pionnier de la scène industrielle américaine des seventies. L’album, sorti en novembre 1984, s’intitule "Easy Listening For The Hard Of Earing" et n’est certainement pas écoutable par le public habituel de Fad Gadget ! Cette parenthèse refermée, Frank peut s’attaquer aux premiers morceaux de sa carrière solo, et remettre en question toute son approche de la musique, explorant ainsi de nouvelles voies musicales, moins restrictives.

"Snakes and Ladders", sort en 1986 sous le nom de Frank Tovey et présente un album incluant de nombreux éléments de rock traditionnel, délaissant ainsi l’électronique en tant qu’image de marque. En 1988, "Civilian", même s’il réutilise un peu plus les synthés que le précédent, perdure dans cette voie. "Tyranny And The Hired Beat", en 1989, est un album carrément folk qui témoigne de l’amour de Frank pour Bob Dylan (album ou figure, entre autres, un invité de marque : Lou Reed, aux côtés de bluesmen).
En 1991, Frank recrute plusieurs musiciens (de folk irlandais et de blues) qui formeront désormais "The Pyros", un véritable groupe, avec qui il sortira "Grand Union" la même année, avant de faire paraître en 1992 "Worried Men In Second Hand Suits". Cette fois-ci, l’électronique a complètement disparu, et Fad Gadget est définitivement un lointain souvenir.

Mais il faut croire que l’on revient toujours à ses premières amours. Frank Tovey And The Pyros se dissout en 1994, et c’est après sept longues années de silence que le lutin malicieux décide de se remettre à la musique électronique. Il acquiert d’abord du matériel à la pointe de son temps, produit un groupe autrichien, Temple X. Enthousiasmé par le travail aux synthés, il envisage rapidement de reformer Fad Gadget, avec les membres de Temple X. 2001 sera une année riche en événements car Fad Gadget voit officiellement à nouveau le jour, avec une double compilation best-of offrant en sus de nombreux remixes inédits, et une tournée européenne en première partie de Depeche Mode, c’est-à-dire dans les plus grandes salles du Vieux Continent.

Frank Tovey déclarait il y a quelques semaines qu’il travaillait à de nouveaux morceaux, mais un communiqué de Mute met fin à tous les espoirs : "C’est avec regret que Mute annonce le décès de Frank Tovey alias Fad Gadget, mercredi 3 avril 2002, chez lui à Londres, d’une crise cardiaque. Frank souffrait de problèmes de cœur depuis son enfance. On se souviendra de Frank Tovey comme l’un des pionniers de la scène électronique.

Source : premonition.fr



Philippe Carly





For Whom The Bell Tolls (Live)
Collapsing New People
Lady Shave (Live)
Back To Nature
Ricky's Hand
Life on The Line
State of the Nation (Live)
Luxury (Live TV)
Coitus Interuptus (Live)
Frank Tovey - All That is Mine
FAD GADGET BY FRANK TOVEY
FAD GADGET BY FRANK TOVEY -02

Boyd Rice & Frank Tovey (Live)
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Posté le:
Jeu 26 Avr 2007 à 18:20
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